J'avais souvent entendu mon père, membre de la colonie suisse de Paris dans les années trente, parler de Robert Vaucher en termes flatteurs. Aussi, lorsqu'on me demanda d'aller voir ses médailles, c'est avec empressement que je répondis à l'invitation. Je trouvai un charmant vieux monsieur, fier de son trésor et prêt à raconter pour chaque médaille des souvenirs passionnants. J'espérais le revoir, mais il est mort peu de temps après ma visite.
On ne pouvait, me semble-t-il, laisser se disperser cet ensemble de médailles; leur seule énumération donne une leçon d'histoire. Ce sentiment a été partagé par la famille Vaucher qui a fait don au médaillier de la collection des médailles historiques (médailles, ordres, diplômes) et du buste en bronze de Robert Vaucher.
Ce dernier, qui appartient à la corporation des journalistes pendant trois quarts de siècle, naît à La Brévine le 17 février 1890. Son père, Ernest Vaucher, pasteur, élève une famille de six garçons. Robert est l'aîné. Il a 17 ans lorsque son père meurt. Sa mère doit élever seule les six enfants. Robert Vaucher étudie à Neuchâtel où il coiffe le béret vert de Belles-Lettres. (Peu avant sa mort, il visita notre Musée avec la Société des Anciens-Belle-triens.) Très tôt, il milite dans les rangs du parti libéral. En 1910, déjà, il enseigne les sciences commerciales à l'Ecole nationale grecque de langues et de commerce à Constantinople d'où il envoie ses premiers articles à la Suisse libérale.
Bientôt il est à Rome au service de l'Agence Stéphani. L'Illustration, le célèbre journal français, lui confie un poste de correspondant de guerre qui de 1914 à 1919 l'entraîne des Dardanelles en Serbie, en Albanie et finalement en Russie. Dans ce dernier pays, il n'hésite pas à transporter des messages confidentiels pour le compte de la France, ce qui lui vaut d'être dénoncé comme agent de l'impérialisme français par les Bolcheviks.
Il publie "Avec les armées de Cadorna," exposé des opérations italiennes depuis la déclaration de guerre jusqu'à la prise de Gorizia, Constantin détrôné, les événements de Grèce, février-août 1917, ouvrage qui connu trois éditions et L'Enfer Bolchevik, traduit en plusieurs langues.
Son courage, il fut amené à faire le coup de feu sur le front italien, lui vaut le Mérite de guerre italien et des décorations grecques. La paix revenue, il accompagne le général Weygand à Varsovie. Toujours mandataire de L'Illustration, il est, en outre, correspondant du Petit Parisien et du Journal de Genève; il restera presque jusqu'à 80 ans le correspondant de ce journal pour les affaires suisses en France.
Il se marie avec une Polonaise et fonde le Journal de Pologne. Il reçoit en 1921 l'ordre polonais «Odrodrenia Polski » et la médaille de la Résistance polonaise. En 1922, Robert Vaucher s'établit à Paris. Il représente le Petit Parisien aux conférences internationales de Gênes, La Haye, Lausanne. Sur la recommandation de l'ambassadeur Barrère, il devient le directeur des services parisiens, puis de 1949 à 1952 des services européens du grand journal égyptien Al Ahram. Cette activité lui vaut en 1930 de recevoir l'ordre du Mérite libanais, celui de Ouissam Alaouite du Maroc et le Nichan Iftikhar de Tunisie. En 1935, il est chevalier de la Légion d'honneur.
En 1939, correspondant de guerre d'Al Ahram, du Journal de Genève, secrétaire général de l'Association syndicale de la presse étrangère en France, il accompagne le Gouvernement français de Paris à Bordeaux et à Vichy où il fait le service de la Gazette de Lausanne.
Pendant l'occupation, grâce à son caractère d'envoyé spécial d'un pays neutre, il lui a été possible d'aider bien des gens et le Gouvernement français lui accorde,après la guerre, le grade d'officier de la Légion d'honneur.